Le soja a-t-il des effets néfastes sur notre santé ? | Eufic

Le soja a-t-il des effets néfastes sur notre santé ?

Dernière mise à jour : 01 April 2025
Table des matières
    News_Soy_caterings_thumbnail.png

    Le soja est une source importante de protéines d'origine végétale, en particulier pour les végétariens, les végétaliens et ceux qui cherchent à réduire leur consommation de viande.

    Le 31 Mars 2025, l'Agence française de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a recommandé de supprimer progressivement le soja et les aliments à base de soja dans les menus de la restauration collective, notamment dans les écoles, les hôpitaux et les maisons de retraite.1 Cette décision repose sur des préoccupations concernant les niveaux actuels de consommation d'isoflavones, un type de composé à activité endocrine abondant dans le soja, et leurs effets potentiels sur les fonctions hormonales chez l’Homme.

    Voici quelques éléments à garder à l'esprit lorsque l'on lit les gros titres.

    L'étude derrière les titres

    L'Anses a mené et publié une revue de la littérature scientifique pour évaluer la sécurité des isoflavones, en analysant de nombreuses études toxicologiques et épidémiologiques sur la consommation d'isoflavones et ses risques pour la santé humaine.

    Les isoflavones sont des composés naturels présents dans certaines plantes. Le soja comme les aliments à base de soja tels que le tofu, le tempeh et les boissons au soja en sont des sources particulièrement riches. Les isoflavones appartiennent à un groupe de substances appelées phytoestrogènes, ce qui signifie qu'elles ont une structure similaire aux œstrogènes, des hormones naturellement produites par le corps humain jouant un rôle clé dans de nombreuses fonctions de l'organisme, notamment la puberté, le cycle menstruel, la grossesse et le maintien de la solidité des os.

    Les isoflavones étant chimiquement similaires aux œstrogènes de notre corps, elles peuvent se lier à nos récepteurs à œstrogènes, c'est-à-dire aux parties de nos cellules qui réagissent à ces hormones. Cependant, leur effet n'est pas toujours le même que celui des œstrogènes. En fonction du tissu avec lequel elles interagissent, de leur dosage sanguin ou du dosage sanguin d'autres hormones sexuelles, les isoflavones peuvent parfois imiter, concurrencer, augmenter (potentialiser) ou diminuer les effets des œstrogènes naturels. Cette versatilité signifie que les isoflavones peuvent avoir des effets différents (bénéfiques, néfastes, neutres, etc.) en fonction du niveau de consommation de soja, de l'âge, du sexe et des dosages hormonaux globaux de la personne.2,3

    A travers cette saisine et ce rapport, l'Anses a examiné les risques liés aux apports alimentaires en isoflavones en suivant plusieurs étapes standardisées :

    • Tout d'abord, elle a défini une valeur toxicologique de référence (VTR), c'est-à-dire la quantité d'isoflavones que l'on peut consommer quotidiennement sans que cela ne soit nocif. Cette dose était de 0,02 mg par kg de poids corporel pour la population générale et moitié moins pour les populations vulnérables (enfants avant la puberté, femmes en âge de procréer et femmes enceintes).

    Pour donner un ordre d'idée, pour un adulte de 60 kg, la VTR est de 1,2 mg d'isoflavones par jour (60 kg × 0,02 mg). À titre d'exemple, une boisson au soja contient environ 7,85 mg d'isoflavones par 100 g.4 Cela signifie qu'un adulte de 60 kg pourrait facilement dépasser sa limite journalière après avoir bu environ 150 ml de boisson au soja (environ 12 mg d'isoflavones au total), soit moins qu'un verre standard. Il convient toutefois de noter que la teneur en isoflavones des aliments à base de soja varie considérablement d'un produit à l'autre (et même au sein d'une même catégorie de produits), ce qui rend l’estimation de la consommation plus difficile.

    Ensuite, les VTR ont été comparées aux données de consommation de la population française afin de déterminer si l'apport moyen en isoflavones pouvait dépasser ces limites de sécurité. Les chercheurs ont constaté qu'il existe un risque important de dépassement de la VTR pour les personnes qui consomment régulièrement des aliments à base de soja, soit :

    • 76 % des enfants âgés de 3 à 5 ans,
    • 53 % des filles âgées de 11 à 17 ans,
    • 47 % des hommes âgés de 18 ans et plus et des femmes âgées de 18 à 50 ans.

    L'Anses conclut qu'une exposition régulière et réaliste aux isoflavones de soja pourrait présenter des risques pour la santé publique en France.

    Elle recommande donc que :

    • La population française (et plus encore les groupes vulnérables tels que les enfants avant la puberté, les femmes en âge de procréer et les femmes enceintes) limite sa consommation quotidienne d'isoflavones de soja.
    • La restauration collective évite de servir des aliments riches en isoflavones (pour tous les âges).
    • Les fabricants et producteurs d'aliments à base de soja prennent des mesures pour contrôler et limiter les teneurs en isoflavones des graines et des produits à base de soja.

    Ce rapport de l'Anses ne préconise absolument pas que la consommation soja soit interdite en France. Il s'agit d'une mesure de précaution pour en éviter la surconsommation au niveau individuel et assurer la sécurité sanitaire à long terme des consommateurs réguliers.

    Que retenir de la conclusion de l'étude ?

    Les valeurs toxicologiques de référence (VTR) sont basées sur des études animales, qui sont extrapolées pour déterminer des niveaux d'apport sûrs pour l'homme.

    L'Anses s'est principalement appuyée sur des données issues d'études animales, notamment sur le rat, pour définir les VTR pour l'homme. Cependant, les rats métabolisent les isoflavones différemment de l'Homme, ce qui ne permet pas de savoir si, et à quelle dose, les mêmes effets se produisent chez l'Homme. Il n'y a pas eu d'études humaines suffisamment solides avec une relation dose-réponse pour établir une VTR directement. Pour transposer les résultats des études animales à l'homme, l'Anses a utilisé une marge de sécurité de précaution, c'est-à-dire que la VTR établie est suffisamment protectrice (basse) pour couvrir les différences potentielles (absorption, métabolisme, excrétion, etc.) entre les modèles animaux et l'Homme.

    Pour en savoir plus sur les VTR :Valeurs toxicologiques de référence (VTR) | Anses - Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail

    • L'Anses a adopté une approche de précaution en raison des données toxicologiques disponibles.

    L'agence a adopté une position conservatrice dans l'évaluation des risques des isoflavones, notamment parce qu'il s'agit de substances à activité endocrinienne. Les substances endocriniennes telles que les isoflavones peuvent avoir des effets différents en fonction de la dose, du moment et du stade de la vie. La modélisation scientifique et l’établissement des valeurs toxicologiques de référence (VTR) comprend donc d'importantes marges de sécurité pour tenir compte des inconnues, telles que les variations de la sensibilité individuelle, pour l’animal comme pour l’Homme, la variabilité métabolique entre l’animal et l’Homme, ainsi que les effets à long terme et intergénérationnels.

    Cela signifie que les limites établies sont conçues pour être très protectrices (basses), même en l'absence de preuves évidentes d'effets nocifs à des doses plus faibles sur des modèles animaux.

    • L'analyse porte uniquement sur l'évaluation des risques et non sur les potentiels bénéfices pour la santé.

    Le rapport de l'Anses met en évidence les préoccupations (dangers et risques) liées aux isoflavones et aux effets hormonaux, mais n'évalue pas les bénéfices liés à la consommation du soja, des produits à base de soja ou des isoflavones elles-mêmes. En Europe, les évaluations des risques et des bénéfices sont traitées séparément. Les conclusions de l'Anses ne tiennent donc pas compte des éventuels effets positifs de la consommation de soja.

    Dans les faits, par manque d’études fiables, robustes et valides, il n'existe actuellement aucune allégation de santé officiellement reconnue par l'UE concernant les bienfaits du soja.

    Si certaines études peuvent suggérer que la consommation de soja peut réduire le risque de maladie cardiaque, améliorer le taux de cholestérol et avoir des effets protecteurs contre certains cancers 2,5, des études épidémiologiques à plus grande échelle sont nécessaires pour confirmer ces bénéfices. Ce contexte permet d'expliquer pourquoi l'Anses a privilégié la prudence vis-à-vis de bénéfices potentiels dans ses recommandations.

    • La teneur en isoflavones est très variable selon les produits et au sein d'une même catégorie produit, mais la recommandation s'applique à l'ensemble des aliments à base de soja.

    Par précaution mais aussi par pragmatisme, la recommandation de l'Anses à l'égard de la restauration collective ne différencie pas les produits à base de soja à forte ou faible teneur en isoflavones, malgré une variabilité importante. Par exemple, certains biscuits apéritifs à base de soja contiennent 100 fois plus d'isoflavones que la sauce soja, et même au sein d'une même catégorie de produits, des variations allant jusqu'à deux fois ont été trouvées dans des desserts au soja sur le marché français.1 Ces variations dépendent de la variété de soja, des conditions de culture et des méthodes de transformation.

    Que disent les autres autorités ?

    À ce jour, aucune autre directive diététique nationale officielle (dans le monde entier) n’alerte spécifiquement contre la surconsommation de soja en population générale. Pour aider les consommateurs à végétaliser leur alimentation, certains pays incluent même le soja dans les modèles alimentaires sains dans leurs lignes directrices nationales, comme l'Autriche, l'Australie, le Canada, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et les États-Unis.

    En 2015, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) avait évalué l'association possible entre la consommation d'isoflavones provenant de compléments alimentaires (dose quotidienne d'isoflavones comprise entre 35 et 150 mg/jour) et les effets nocifs sur le sein, l'utérus et la thyroïde chez les femmes en périménopause et en postménopause. L'EFSA n'avait pas trouvé de preuves évidentes que les isoflavones augmentaient le risque de cancer du sein, affectaient la densité mammographique ou modifiaient des marqueurs biologiques clés. Toutefois, l'EFSA n'a jamais évalué l'apport alimentaire en isoflavones natives (provenant du soja proprement dit et des aliments à base de soja) dans la population générale. 6

    Les références

    1. Anses. (2025). Éviter les isoflavones dans les menus des restaurations collectives. Accessed 31 March 2025.
    2. Messina, M., Duncan, A., Messina, V., Lynch, H., Kiel, J., & Erdman Jr, J. W. (2022). The health effects of soy: A reference guide for health professionals. Frontiers in nutrition, 1837.
    3. Soukup, S. T., Engelbert, A. K., Watzl, B., Bub, A., & Kulling, S. E. (2023). Microbial Metabolism of the Soy Isoflavones Daidzein and Genistein in Postmenopausal Women: Human Intervention Study Reveals New Metabotypes. Nutrients, 15(10), 2352.
    4. Bhagwat, S., Haytowitz, DB, and Holden, JM. 2008. USDA Database for the Isoflavone Content of Selected Foods, Release 2.0. U.S. Department of Agriculture, Agricultural Research Service, Nutrient Data Laboratory
    5. Mauny, A., Faure, S., & Derbre, S. (2022). Phytoestrogens and breast cancer: should French recommendations evolve?. Cancers, 14(24), 6163.
    6. EFSA Panel on Food Additives and Nutrient Sources added to Food (ANS). (2015). Risk assessment for peri‐and post‐menopausal women taking food supplements containing isolated isoflavones. EFSA Journal, 13(10), 4246.